La danse de Damiano Foà et Laura Simi

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Fenomeno

création 2018-2019

mercredi 11 juillet 2018, par Jonathan

Distribution

Conception chorégraphique et interprétation Laura Simi
Musique Perig Villerbu
Lumière Damiano Foà
Collaborations artistiques Martina Raponi, Neil Callaghan
Costumes Marco Mazzoni

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Fenomeno / Phénomène vient d’un mot grec qui signifie « je parais ».

Passages, sonorités, mémoires.

Il est question dans ce solo de frontière, de passage. Fenomeno est la continuation du voyage entrepris pour Sonore (2017) et traverse d’autres espaces, d’autre histoires. De l’empêchement à la liberté, du petit au vaste, de l’intime à un partage plus commun.

En poursuivant ce voyage, je me suis aperçue qu’il faisait écho à ma propre histoire. Ayant comme principe de ne pas « raconter » et surtout ne pas d’évoquer « ma vie », ce lien naturel avec mon histoire personnelle m’aperçut comme un élément à la fois perturbant et intéressant, puisqu’il devenait moteur de ma démarche de création. Lors d’un voyage en Italie, ma mère m’a confié mes journaux intimes des années ‘70. Ces écrits ont donné un fil à la pièce, ils deviennent notre viatique, ils donnent le rythme au travail, son sens. Je les lis et les emportent lors des résidences. J’y parle de la politique, des gens que j’observe, de la vie, de la mort, du quotidien, de la danse et de la surdité, avec ce regard enfantin, tantôt naïf, tendres et drôles, tantôt insouciants et avec une pointe de cynisme innocent. J’utilise aussi mes journaux des années ‘80 faisant référence à ma période à New-York. J’y décris l’atmosphère de la ville, sa musicalité, tout est pour moi important et objet d’exploration et de découverte, je découvre la spectatrice en moi et aussi l’artiste en devenir. Ce cahier témoigne de ma direction et mes « fondamentaux » dans la recherche artistique.

Ainsi, ma recherche sur la relation entre le mouvement et le son se fait plus personnelle et moins abstraite. Des pensées à haute voix se posent dans l’espace et cet espace est exploré, malaxé, sculpté par les sons et la danse. Avec Perig Villerbu nous avons recherché des sons précis en écho à ces écrits, certaines chansons, des génériques de films, des émissions de télévision des années 60, du bruitage, des musiques d’ambiance, des hymnes, etc.

Fenomeno en italien, désigne aussi une personne anormale, hors de l’ordinaire, étrange, ironique. A travers mon histoire, Fenomeno évoque des HISTOIRES, des parcours de vie, des figures d’inconnus croisés dans les villes, de personnes du quotidien ou d’un ailleurs, « un peuple gestuel » qui se croise.

Pour ce travail je me suis aussi inspirée du travail autour du bruit dans l’oeuvre de la chercheuse Martina Raponi (Sandberg Institut –Amsterdam) qui explore le champ du son « Les stratégies du bruit ». Dans cette oeuvre, elle tente de mettre en lumière le son et le bruit et ses répercussions sur la vie humaine, politique, sociale, historique, philosophique. De l’invention des hymnes aux expressions du deuil national, de vociférations de terreur aux chants de liberté, violence et politique se nouent avec le son, la musique, les sonorités. Grondement, mugissement, respiration, explosion. Chaque guerre a ses bruits. D’autres publications et articles ont été très important pour ce processus pour voir à quel point le son et ses vibrations peuvent influencer profondément nos vies et les relations humaines. Noise is “the chaos that resists social order ; the unintegrated entities that exist beyond culture”.

En tant que personne malentendante je me suis toujours posée des questions par rapport à cet handicap/protection et comment il a influencé ma vie et ma danse et bien sûr les relations avec les autres et mon sens du regard. Je m’intéresse à ce que la relation entre le corps et le son peut créer et comment le corps (organes, os) absorbe le son et ses vibrations et s’organise.

Pour moi, sur le plateau le son est visible et représenté par plusieurs haut-parleurs disséminés un peu partout, ainsi il devient un partenaire visible et concret, un médium entre moi et le spectateur. C’est comme une ville, un paysage, un cerveau. Créer ainsi une connexion « vibrationnelle » avec les publics. En m’inspirant de ma propre vie en recherchant avec le compositeur Perig Villerbu des sons, des bruits, des archives, je plonge dans un univers où le temps n’est plus habitude mais ouverture et découverte.

Laura Simi

In a political framework, the deaf are deaf to the hearing people, but they are also deaf to orders.
Martina Raponi : NewNoises NewVoices